Tu as des fils et des filles. Tes fils se sont tellement associés à l’impureté qu’il me semble impossible de mettre fin à cette amitié. Pire encore, Tes fils jettent leur poison, leur impureté, dans le cœur aspirant et dans la vie de Tes filles non seulement inconsciemment, mais également consciemment, voire délibérément. Tes filles jettent consciemment et délibérément leur fourmi-insécurité dans la vie de Tes fils. Lorsque l’impureté provenant de Tes fils entre dans Tes filles, la pureté limitée de Tes filles disparaît. Lorsque l’insécurité de Tes filles entre dans Tes fils, le courage limité de Tes fils disparaît. Cela ne veut pas dire que les femmes n’ont pas d’impureté ; elles en ont, mais en comparaison avec les hommes, elles en ont moins. Et les hommes ont de l’insécurité, mais en comparaison avec les femmes, ils en ont moins.
Tes fils pensent que l’agression, qu’elle soit physique, vitale ou mentale, est le propre de l’homme. Tes filles pensent que la frustration, qu’elle soit physique, vitale ou mentale, est le propre de la femme. L’agression de l’homme détruit le mental avant que le mental ne soit conscient de l’attaque de l’agression. L’agression de l’homme détruit le vital de l’homme dès l’instant où elle entre dans le vital. Le corps de l’homme est détruit dès l’instant où il entend le mot même « agression ». Le cœur de l’homme est détruit à la vue même de l’agression. Et pourtant, Tes fils aiment l’agression, adorent l’agression et sont devenus d’inséparables amis de l’agression.
Tes filles apprécient la frustration plus que tout dans leur vie. Elles sont frustrées lorsque leurs innombrables désirs ne sont pas comblés et elles sont tout autant frustrées lorsque leurs désirs sont comblés. Lorsque leurs désirs ne sont pas comblés, elles se considèrent comme des mendiantes. Lorsque leurs désirs sont comblés, elles pensent que Dieu donne quelque chose de plus important à d’autres, mais comme elles ont désiré et réclamé les choses qu’il ne fallait pas, elles sont maintenant plongées dans le monde de la frustration. Elles pensent qu’elles auraient dû demander autre chose ; elles auraient dû faire un meilleur choix. Ou bien elles n’auraient pas dû avoir de désir du tout, comme cela, elles ne seraient pas frustrées. Le fait de se tromper sur leur choix, comme de tout simplement demander quelque chose, les rend malheureuses. Mais par ailleurs, si elles n’avaient pas demandé que leurs désirs soient satisfaits, elles seraient tout aussi malheureuses. Elles sont donc destinées à être frustrées. Lorsque leurs désirs sont comblés, elles sont frustrées et lorsqu’elles ne Te demandent pas de satisfaire leurs désirs, elles sont également frustrées.
Tout a besoin d’une place, que ce soit pour leur sécurité ou simplement parce que toute chose a absolument besoin d’un endroit pour vivre, pour trouver un abri parfait. L’homme trouve une place sûre pour son agressivité dans la femme ; la femme trouve une place sûre, une place confortable pour sa frustration dans l’homme. L’homme offre son injection-agression au cœur de la femme et la femme offre son injection-frustration à la vie de l’homme.
Mon Seigneur Suprême, je suis désemparé parce que je vois le flot d’impureté et le coup de canon de l’agression de Tes fils ; et je suis désemparé parce que je vois la rivière d’insécurité et la panthère de frustration de Tes filles. Ces défauts, ou plutôt ces inaptitudes décourageantes, destructrices et déplorables des hommes et des femmes détruisent Tes fils et Tes filles juste devant ma vision de compassion et ma réalité-réalisation.
Ô Seigneur Suprême, lorsque je Te demande, Te supplie de donner davantage d’aptitudes aux hommes et aux femmes afin qu’ils puissent surmonter leurs faiblesses, Tu Te contentes de me dire que Tu leur as déjà donné l’aptitude qu’il faut pour conquérir ces forces qui n’aspirent pas, et qui sont décourageantes et destructrices. Tu leur as déjà donné l’aptitude, ô Seigneur Suprême, mais alors accorde-moi une faveur : donne leur davantage d’aptitude, non parce qu’ils le méritent, non parce qu’ils en ressentent eux-mêmes le besoin, mais parce que je me sens incapable de les aider. J’ai essayé, j’ai prié pour eux, mais je n’ai pas pu les aider. La faiblesse était alors leur force consciente et inconsciente. Mais un jour viendra où ils n’auront plus de faiblesse, quelle qu’elle soit.
J’étais celui qui inspira, qui servit, qui aima cette nouvelle vision qui possède la force de changer la face du monde. Une vision dénuée de puissance n’est pas une vision. À quoi bon voir lorsqu’on ne peut pas changer ? Mais si l’on ne voit pas ce qu’il faut changer, que va-t-on changer ? Il est bon de voir, il vaut mieux changer, et le mieux, une fois que l’on a changé, c’est de prolonger ce changement, cette perfection, indéfiniment et éternellement.
Mon Seigneur Suprême, Tu m’as donné la vision de voir Ta création comme elle est. Mais fais un pas de plus et donne-moi la capacité et la force de transformer la face du monde et de Te satisfaire à Ta propre manière.
Mon Seigneur Suprême, c’est ainsi qu’un de mes aspects a observé Ta création. Mais l’amoureux en moi observe Ta création de manière différente. Puisque Tu as créé le monde, et que c’est Ta création, je m’identifie à cent pour cent aux faiblesses de Tes fils et filles, avec mon cœur de sollicitude qui aime, mon souffle de vie qui sert et la beauté de mon âme qui illumine.
[fn:EA36]14 Juillet 1977 à 12h45 — Centre Sri Chinmoy, Jamaica - New YorkFrom:Sri Chinmoy,Aspiration-Everest, volume 2, Agni Press, 2015
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