Disciples, adeptes, admirateurs et sympathisants[fn:EA39]

« Mon Seigneur Suprême, dis-moi la différence entre un disciple et un adepte. »

« Mon enfant, la différence est la suivante : un disciple est celui qui pense constamment et uniquement aux besoins de son Maître. Pour lui, son existence même sur terre n’est que pour son Maître, il n’existe que pour son Maître. Lorsque le Maître lui demande de faire quelque chose pour lui, il répond : « Maître, je l’ai déjà fait. » Et en fait, il l’a vraiment déjà fait, parce qu’il a ressenti le besoin de son Maître bien avant que son Maître ne lui demande sur le plan extérieur de faire quelque chose pour lui.

Un adepte est celui qui veut bien faire ce que le Maître lui demande de faire, mais il lui dira : « Ô Maître, je vais le faire, mais donne-moi un peu de temps. Tu m’as demandé de faire quelque chose, et je le ferai sans faute, mais ce que tu m’as demandé n’est pas une tâche facile, alors cela pourra me prendre un peu de temps. Mais je t’assure que je le ferai. Aie confiance en moi, je ne te décevrai pas, ni ne t’abandonnerai. Mais si je le fais tout de suite, je pourrais ne pas réussir, alors donne-moi un peu de temps, je le ferai sans faute. »

« Mon Seigneur Suprême, dis-moi, s’il Te plaît, quelle est la différence entre un admirateur et un sympathisant. »

« Mon fils, voici la différence : un admirateur est celui qui admire le Maître à distance. Il n’a pas envie d’être impliqué dans les besoins pratiques du Maître. Il n’a pas envie d’être proche du Maître ni près du Maître, parce qu’il pense que le Maître exploitera cette proximité ou bien qu’en restant auprès du Maître, il verra ses faiblesses et ce au détriment de son admiration pour lui. Il admirera le Maître de loin, mais ne s’approchera pas de lui, de peur qu’il ne lui demande une faveur qu’il ne sera pas en mesure ou qu’il n’aura pas envie de satisfaire. De plus, il craint que si le Maître se conduit de manière humaine, le peu d’admiration qu’il a pour lui puisse ne pas durer. Alors il a peur de sa vie, de son assurance, de son niveau de conscience et de sa réalisation. Il ne veut pas s’associer de trop près avec le Maître, parce qu’il voit le Maître comme quelqu’un de particulier dans son monde de rêve, et comme quelqu’un de complètement différent dans le monde de la réalité.

Un sympathisant est celui qui connaît une personne spirituelle et qui en a une bonne opinion. Il lit des articles sur le Maître, le voit à la télévision ou l’entend à la radio, et pense que le Maître est quelqu’un de bien. Mais le Maître, la personne spirituelle, n’attend jamais rien du sympathisant, aussi restent-ils tous les deux à une certaine distance l’un de l’autre.

« Mon Seigneur Suprême, parle-moi davantage d’eux. »

« Mon fils, lorsque le Maître navigue vers le Rivage Doré, le disciple reste dans le bateau, en unité parfaite avec la volonté du Maître. Il regarde les mouvements du Maître et observe comment il pilote le bateau ; pendant tout ce temps, il prie pour le succès et la victoire intérieurs et extérieurs du Maître. Il observe inlassablement le pilotage du Maître et apprend continuellement du Maître comment piloter le bateau.

L’adepte est assis dans le bateau. Il se dit qu’à partir du moment où il a dit au Maître qu’il suivait sa voie, il a payé sa part, et il peut être tranquille. Sa promesse même est son dû, et le Maître est donc tenu de l’emmener au Rivage Doré. Comme il a payé son billet, il a sa place dans le bateau, et il considère qu’il n’a pas besoin de regarder autour de lui ; le bateau l’emmènera à destination. Il n’a même pas besoin de rester éveillé ni même de donner un coup de main ou rendre service,que ce soit intérieurement ou extérieurement. Il peut continuer à dormir et à s’amuser, et c’est au Maître de faire le nécessaire, parce qu’il l’a accepté comme disciple.

Un admirateur est celui qui vient jusqu’au bateau, mais qui a peur d’y monter. Il a peur de s’embarquer dans ce voyage, car des animaux marins pourraient faire chavirer le bateau ou un ouragan de doute pourrait le faire tomber du bateau ou détruire le bateau. En un mot, il a peur de ne pas pouvoir survivre à ce voyage.

L’admirateur regarde le voyage depuis le rivage. Il observe le Maître et ses disciples et adeptes dans le bateau. Le Maître navigue de ce rivage jusqu’à l’autre rivage. L’admirateur regarde et admire, mais il a peur. Il se dit que le bateau va chavirer, alors il ne veut pas monter à bord.

Quant au sympathisant, il ne vient même pas voir le bateau partir pour son voyage. Il a entendu d’autres personnes, ou bien par les journaux, la radio ou la télévision, que le Maître s’était embarqué pour un voyage vers un pays sans horizon. Si le Maître réussit, tant mieux. S’il échoue, tant pis. Dans le monde extérieur, un sympathisant n’est autre qu’un ami des beaux jours. Si le Maître réussit, il dira : « Oh, je le connais, il est tellement bien, tellement bon, tellement gentil. » Et s’il échoue, il dira : « Oh, je le connais, il n’est bon à rien, c’est pour cela que je n’ai pas voulu suivre sa voie. » C’est cela, la différence entre un disciple, un adepte, un admirateur et un sympathisant.

[fn:EA39]20h40, le 14 juillet 1977 — Lycée Martin Van Buren Hollis, New York

From:Sri Chinmoy,Aspiration-Everest, volume 2, Agni Press, 2015
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